"Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait."

UNE MAMAN DE 66 ANS TOPO QUE HEIN

Bonjour Warman,
Je ne t’écris pas pour exposer un problème comme c’est bien souvent le cas mais juste pour passer un petit message à tes lecteurs.
Je suis une dame de 66 ans résidant à Yaoundé. J’ai été sensible comme beaucoup d’entre vous à l’histoire du couple en séparation à cause de l’adultère du mari. Je ne souhaite pas épiloguer dessus en long et en large car il y’a déjà eu beaucoup de réactions. Aujourd’hui avec mon vécu, je dirais juste que toute chose arrive pour une raison. Si je suis venue à vous, c’est parce qu’à la lueur de certains commentaires, je me suis dit que mes enfants sont perdus.

Pour parler de ma propre histoire, je me suis mariée à l’âge de 20 ans. Il s’agissait d’une union qu’on qualifierait de mariage arrangé. Mon mari, qui a passé l’arme à gauche il y’a deux années, avait 26 ans à l’époque et m’a fait sienne cinq mois après notre 1ère rencontre. Pour être transparente, je me suis mariée sans aimer mon conjoint. Mais cela ne m’a pas empêché de vivre 44 années de pur bonheur. Aujourd’hui, les jeunes générations sont contre ce type de mariage ce que je peux concevoir. En revanche, ce que je ne comprendrais jamais est que vous restez en couple de nombreuses années sans mariage pour vous séparer plus tard. Mais là c’est un autre débat.

Au cours de mes 44 années de ménage, je n’ai jamais vécu une seule situation adultérine. De plus, mon époux ne m’a jamais frappé ni même insulté au cours d’une dispute. Et non, ne pensez pas que j’ai eu un mari exceptionnel pour ces raisons, j’ai eu un mari tout simplement. Je suis loin d’être la seule femme à ne jamais avoir eu ses problèmes. Nous sommes même très nombreuses. De nos jours, le véritable problème est que nous n’avons plus honte d’exposer ce qui est mal et pire, de le normaliser. Les jeunes femmes n’ont plus peur de montrer qu’elles sont des filles de mauvaise vie et les jeunes hommes qu’ils sont des gangsters. Encore mieux, l’on traite même ceux qui veulent rester sur le bon chemin de naïfs. J’ai lu certains commentaires sur le sujet tels que « Vous pensez que nos grands-mères faisaient comment pour rester mariées aussi longtemps ? », « Nous sommes Bantus » ou encore « Tous les hommes sont infidèles ». Combien d’entre vous ont réellement discuté avec des personnes plus âgées de l’union sacrée qu’est le mariage ? Combien connaissent véritablement l’histoire du peuple Bantu ? Combien ont mené une étude aboutissant à une conclusion sur l’infidélité certaine de tous les hommes ? Très peu j’en suis convaincue. Vous affirmez beaucoup de choses sur des sujets que vous ne maîtrisez pas. Arrêtons avec l’éducation du « bar ».
Je suis persuadée qu’il existe plus d’Hommes bons que d’Hommes mauvais sur cette terre mais c’est majoritairement le mauvais qui s’exprime. Par exemple sur cette page, combien de personnes viendront s’exprimer juste pour dire que tout va bien dans leur couple ? Pratiquement zéro. D’où l’amalgame de croire qu’être marié se résume à supporter ou surmonter des difficultés. Alors laissez moi vous dire que non. Être marié(e), c’est devenir une meilleure version de soi, grandir avec l’autre, apprendre à aimer son/sa conjoint(e) tous les jours d’une nouvelle façon et quelques fois traverser des tempêtes. Quand je me suis mariée, je n’étais pas une femme instruite. J’avais arrêté mes études après le BEPC. Mais mon mari adorait lire. Il aimait me dire : « Ma chérie, la connaissance c’est le pouvoir ». Pour lui, il n’y avait pas meilleure façon d’élever son esprit que de s’instruire ; s’instruire sur sa culture, son pays, l’histoire de son peuple, l’histoire du monde. Grâce à lui, j’ai repris mes études et j’ai aujourd’hui un doctorat en lettres modernes. J’ai appris grâce à mon mari que notre plus grande richesse est ce qui se trouve dans notre cerveau, personne ne peut nous l’enlever et cela forge notre caractère.

Alors mes enfants, n’encouragez pas le mal juste pour paraître « cool ». Élevez vos esprits et soyez capables de défendre vos convictions. Nous ne sommes pas parfaits et nous ne le serons jamais mais notre devoir est d’essayer. Alors oui, il y’aura toujours un homme pour tromper sa compagne, mais au lieu de dire à la femme que son mari est comme tout homme ce qui n’est pas une affirmation scientifiquement prouvée, on devrait dire à l’homme : oui tu as gaffé mais reprends-toi et améliores-toi. Ceci vaut pour toute autre situation.

Si votre entourage n’est pas capable de vous dire que vous avez mal agi ou même pire vous encourage, changez d’entourage ! Si votre entourage n’est pas capable de vous aider à sortir de la médiocrité ou même pire vous encourage à y rester, changez d’entourage !

Je voudrais adresser un petit message aux femmes au lendemain de cette journée qui marquait la lutte pour nos droits. J’ai malheureusement compris à travers les années que le dicton « l’ennemi de la femme c’est la femme » est bien vrai. Mais sachez que, nous avons chacune une identité, une valeur et un pouvoir. Alors trouvons-les, maîtrisons-les et défendons-les. Les hommes l’ont bien compris depuis.
Je fais un clin d’œil au papa de 63 ans car c’est à la suite de son témoignage que j’ai commencé à suivre cette page régulièrement et que j’ai été motivée à partager ma vision des choses pas seulement ici mais même aux jeunes que je côtoie.

"Si jeunesse savait, si vieillesse pouvait."

Une maman